samedi 23 septembre 2017

Solidarité avec le peuple saharaoui


Au début de l’été 2017, le 28-06-17 très exactement, le journal « Sur » de la province malagueña d’Andalousie-Espagne annonçait que l’aéroport de Málaga avait activé son dispositif spécial pour recevoir jusqu’au 3 juillet, 9 avions en provenance des campements algériens de Tindouf dans le cadre du programme approuvé annuellement par le Gouvernement des Provinces Andalouses (Junta de Andalucía) intitulé « Vacaciones en Paz » (« Vacances en Paix ») pour permettre à un millier d’enfants saharaouis de passer l’été, en Andalousie, accueillis par des centaines de familles andalouses, affiliées à la Fédération Andalouse des Associations Solidaires avec le Sahara Occidental et les Associations d’Amitié avec le Peuple Saharaoui des 8 provinces d’Andalousie. La collaboration de l’aéroport de Málaga à ce programme a compté sur la participation active d’Ibéria (compagnie aérienne) et des Forces et Corps de Sécurité de l’Etat. L’histoire des rapports Etat espagnol-RASD (l’Etat de Madrid laisse faire de telles initiatives) et peuple espagnol-peuple saharaoui (manifestations de solidarité) ne sont pas les mêmes que celles entre français et saharaouis.


Il y a une quinzaine d’années pourtant les CE de la CGT française accueillaient aussi l’été des enfants saharaouis, dans une moindre proportion, malgré la complicité officielle du Gouvernement français avec la Monarchie marocaine, la puissance coloniale oppressive occupant le Sahara Occidental.

EN FRANCE SACHONS FAIRE CONNAÏTRE LE PROBLEME ET COMBATTRE LA COMPLICITE DE NOTRE ETAT FRANçAIS AVEC LA MONARCHIE MAROCAINE. 

Comémorations du trentième anniversaire
de l'indépendance dans les territoires libres (2009)

A Paris le 10 septembre 2017, plusieurs associations solidaires avec la cause saharaouie décidaient de diffuser un texte réclamant la nécessaire solidarité avec le peuple saharaoui :

« CONTRE L’OCCUPATION COLONIALE MAROCAINE :

REFERENDUM D’AUTODETERMINATION MAINTENANT !

LIBERATION DES PRISONNIERS POLITIQUES SAHARAOUIS !

Avec ses affiches placardées sur les murs des villes du Sahara Occidental (principalement Laayoune et Dakhla), le pouvoir marocain vante la douceur de vivre pour attirer touristes et investisseurs. Mais il se garde bien de montrer l’envers du décor : répression des manifestations populaires, disparitions, tortures dans les commissariats et les prisons ; arrestations arbitraires et procès iniques avec de lourdes condamnations de militants politiques marocains et saharaouis ; expulsion de délégations de journalistes et de juristes (notamment espagnols et français).

La situation est particulièrement dramatique au Sahara Occidental (partagé entre la zone occupée par le Maroc et les camps de réfugiés en Algérie). Le territoire de la République Arabe Saharaouie Démocratique (dont le Gouvernement est en exil à Alger) reste occupé illégalement par le Maroc depuis 1975, après le retrait du colonisateur espagnol. En raison de leur participation d’activistes au camp de Gdeim Izik (démantelé avec violence par les forces d’occupation marocaines le 8 février 2010), 24 militants saharaouis ont été condamnés par un tribunal militaire le 17 février 2013 à de lourdes peines de prison. Le 27 juillet 2016, la Cour de Cassation a cassé ce jugement. Pourtant le nouveau procès, qui a commencé en décembre 2016, s’est terminé le 19 juillet 2017 par un verdict inique avec des condamnations de 20 ans à la perpétuité. L’iniquité du procès est apparue de plus en plus flagrante : aveux signés sous torture ; expertises médico-légales non conformes aux standards internationaux ; censure des avocats de la défense ; apparition de nouveaux témoins (douteux bien sûr…) 7 ans après les faits jugés ; partialité manifeste du président du tribunal… Le 17 mai, les accusés et leurs avocats marocains et saharaouis ont décidé de ne plus participer à ce qu’ils ont jugé être un simulacre de procès. Les deux avocates françaises de la défense ont été expulsées avec violence de la salle d’audience.

Face à ce déni de justice et à la gravité de la situation dans les territoires saharaouis occupés, des associations saharaouies en France et de soutien à la cause saharaouie en appellent les associations de Droits de l’Homme, les partis politiques, les syndicats ainsi que tous les citoyens soucieux de défendre le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et les droits de l’homme, à agir pour :

-annulation du verdict du 19 juillet 2017 et la libération de tous les prisonniers politiques saharaouis ainsi que l’arrêt de la répression dans les territoires occupés ;

-instauration d’un véritable mécanisme international pour la surveillance des Droits de l’Homme au Sahara Occidental (indépendant de la Monarchie marocaine) ;

-respect du droit du peuple saharaoui à l’autodétermination et à l’indépendance avec l’organisation enfin du référendum d’autodétermination (promis par l’ONU il y a près de 25 ans !) ;

-pleine application de l’arrêt de la Cour de Justice de l’Union Européenne (CJUE) du 21 décembre 2016 qui exclut le Sahara Occidental des accords entre l’Union Européenne et le Maroc (accords surtout commerciaux et surtout impliquant pétrole, gaz, phosphate provenant du sous-sol saharaoui et autres richesses marines comme celles issues de la pêche)

Ces associations réaffirment leur soutien à la lutte du peuple saharaoui pour son indépendance et leur solidarité historique avec le Front Polisario et la RASD. Elles demandent au gouvernement français, aux autorités européennes et aux Nations Unies de faire pression sur le pouvoir marocain pour qu’il libère les prisonniers politiques saharaouis, cesse sa politique de répression contre la population et respecte le droit international fondé sur la tenue du référendum d’autodétermination qui permettra au peuple saharaoui de décider librement de son avenir. »

Texte signé par : Asso. De la Communauté saharaouie en France (ACSF) asso.acsf1@gmail.com ; Asso. Des Saharaouis en France (ASF) asso.sahraouis.france@hotmail.fr ; Asso. Des Femmes Saharaouies en France fsf552014@gmail.com ; Plateforme pour la Solidarité avec le Peuple du Sahara Occidental plateformeSO@gmail.com

Texte rapporté et présenté en solidarité par : Ismael Salah (saharaoui) et Miguel Esteban (franco-espagnol).
Rencontre de l'ancien président 
Mohamed Abdelaziz avec Raúl Castro en 2014

jeudi 14 septembre 2017

« ANTITOTALITARISME » à deux vitesses… Communiqué commun à propos d’une déclaration du consul polonais à Lille.

PHOTO ARCHIVES PHILIPPE PAUCHET
M. Henri Dudzinski, le consul honoraire de Pologne à Lille, a eu le courage de s’indigner publiquement (La Voix du Nord du 13 septembre 2013 (édition de Lens)) contre la politique du gouvernement ultra-droitier de Varsovie, qui débaptise à tour de bras les lieux publics portant des noms de Résistants communistes. Cette protestation du consul est méritoire et il nous faut d’autant plus la saluer que nos associations, et d’autres, avaient personnellement alerté le consul sur ce sujet ; une lettre de protestation, transmise par le consul à l’Ambassade de Pologneà Paris, n’avait hélas reçu de celle-ci qu’une méprisante fin de non-recevoir.

Il est cependant dommage que le consul n’ait pas signalé que la fascisante chasse aux sorcières en cours en Pologne va plus loin que des attaques contre la mémoire communiste et antifasciste : en effet, Varsovie tente actuellement d’interdire le PC polonais et intente des procès aux dirigeants du PCP, « coupables » de défendre publiquement leurs idées. Or l'Union européenne (UE), qui proteste mollement contre les agissements liberticides du président Kaczynski (presse, IVG, justice, programmes scolaires), reste de marbre quand le pouvoir attente aux droits des communistes (non seulement en Pologne, mais en Hongrie, dans les Etats baltes, en Ukraine, etc.).

Pourquoi la répression contre les partisans de la restauration capitaliste pratiquée naguère par la République populaire de Pologne pour préserver le socialisme seraient-elles qualifiées de « totalitaires » par l’UE alors que serait conforme au « pluralisme européen » la répression anticommuniste mise en place dans plusieurs pays de l’Est pour sanctuariser le cléricalisme, l’UE et l’économie de marché ?

Deux poids deux mesures dont la signification de classe fascisante se lit hélas, à ciel ouvert…

Association Les Amis d’Edouard Gierek (Jacques Kmieciak),
Comité Internationaliste pour la Solidarité de Classe (Vincent Flament), Pôle de Renaissance Communiste en France (comités départementaux 59 et 62, (Georges Gastaud).

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Reproduction de l'article dans la Voix du Nord

http://www.lavoixdunord.fr/216980/article/2017-09-12/le-consul-de-pologne-denonce-la-politique-de-censure-qui-touche-la-memoire-de

Le consul de Pologne dénonce la politique de censure qui touche la mémoire de militants communistes

Il n’y a pas que les associations et élus d’extrême-gauche qui fustigent les projets de censure des rues « communistes » en Pologne. Henri Dudzinski, consul honoraire de Pologne dans la région, a écrit au Premier ministre et au Président de la République pour dire son point de vue sur le sujet. Et plus largement sur la politique menée par le gouvernement ultraconservateur actuellement au pouvoir.

Par Anne-Lise Teneul | Publié le 12/09/2017 La Voix du Nord

Un consul qui prend la parole pour critiquer la politique du pays qu’il représente ? On ne voit pas cela tous les jours. Henri Dudzinski a choisi de sortir de sa réserve diplomatique pour dire ce que lui inspire la politique menée par le gouvernement ultraconservateur du PiS, au pouvoir depuis deux ans en Pologne.

Une position d’autant plus intéressante que cette politique a des répercussions jusqu’ici, dans le bassin minier : depuis le début de l’année, de Sallaumines à Auby, des associations et élus locaux protestent contre la censure qui menace la mémoire de militants et résistants du Nord – Pas-de-Calais, au motif qu’ils étaient communistes. Qu’en pense Henri Dudzinski ? « Je déplore tout à fait ce qui se passe actuellement en Pologne. Soixante-quinze ans après, toucher à cette mémoire, ça fait forcément des dégâts. Ceci étant dit, il faut avoir une vue globale des événements. Quand je vois, dans le Douaisis, des élus et militants communistes rebaptiser l’A21 autoroute de la liberté, je ne suis pas d’accord. Entre 1945 et 1990, ce n’était pas la liberté en Pologne ! »

« La dictature, qu’elle soit brune, rouge ou noire, je la refuse »

Henri Dudzinski juge extraordinaire le travail mené à Walbrzych par Bogdan Krol. Cette figure de l’amitié franco-polonaise, bien que n’étant lui-même pas communiste, se bat depuis des mois pour défendre la mémoire de militants et Résistants d’extrême-gauche. En revanche, les actions menées par les Amis d’Edward Gierek (association militante qui défend la mémoire de l’aile gauche de la Polonia) l’irritent au plus haut point. « La dictature, qu’elle soit brune, rouge ou noire, je la refuse », martèle le consul.

Au-delà de la polémique liée aux rues et monuments débaptisés, Henri Dudzinski s’inquiète de la politique menée actuellement par le parti Droit et justice. « Le pays est fracturé. Ce qui se passe ne me plaît pas. Après la chute du mur de Berlin, dans les années 1990, j’ai participé à la reconstruction de la presse libre en Pologne. J’ai participé à l’ouverture d’une ESJ-Lille (école supérieure de journalisme) à Varsovie. Ce furent des années fabuleuses. Aujourd’hui, je vois les projets du gouvernement, avec la repolonisation des médias, la réforme contestée de la justice et j’ai décidé de réagir. J’ai écrit au Premier ministre et au Président de la République, pour exprimer ma surprise et donner mon point de vue. Je sais que d’autres consuls en France ont également réagi. » Le consul de Lille a reçu une réponse officielle. Mais il refuse d’en dévoiler le contenu. Un choix diplomatique, pour le coup.

Quelques repères

Mai 2015 : le candidat du PiS Andrzej Duda est élu présidence de la République de Pologne.

Octobre 2015 : le PiS (parti ultraconservateur appelé aussi Droit et justice) obtient la majorité absolue au Parlement. Dans la foulée, il vote une loi visant à renforcer le contrôle du gouvernement sur les médias publics.

Octobre 2016 : une loi de décommunisation impose aux communes de débaptiser les rues et monuments portant le nom de militants communistes.

Février 2017 : le président de la Maison de Bretagne à Walbrzych, Bogdan Krol, tire la sonnette d’alarme : sa ville menace de débaptiser la rue Burczykowski, du nom d’une famille de Résistants communistes décimée par les nazis. L’association Les Amis d’Edward Gierek et le maire de Sallaumines, Christian Pedowski, montent au créneau. Ils adressent à la ville de Walbrzych un courrier signé par 133 membres du Parti communiste et de la CGT du bassin minier.

8 juillet : des élus et militants de gauche rebaptisent l’A21 « Autoroute de la liberté Kania-Rabiega », du nom de deux militants du bassin minier dont la mémoire est elle aussi menacée de censure.

13 juillet : c’est officiel, la ville de Walbrzych renonce à débaptiser les rues Burczykowski, Bronislaw Kania, Aleksy Czeredziak et Roman Piotrowski (toutes des figures de la Résistance).24 juillet : après plusieurs jours de manifestations, le président Duda met son veto au projet de réforme de la justice, très controversé. Une claque pour la majorité conservatrice du PiS.


lundi 11 septembre 2017

En Haute-Silésie (Pologne) : Mobilisation pour sauver le rond-point Gierek



A Sosnowiec, le rond-point « Gierek » du nom de l’ancien n° 1 du Parti ouvrier unifié polonais (POUP) de 1970 à 1980, est menacée de débaptisation dans le cadre de la loi dite de « décommunisation » votée par l’extrême droite polonaise en avril 2016.

Le maire de cette ville de Haute-Silésie d’où est originaire Edward Gierek (1913 – 2001) s’oppose à ce changement de nom. Ce printemps, il écrivait au président de la République Jaroslaw Kaczynski pour lui dire son indignation face à une telle perspective. Dans la foulée, la municipalité organisait une consultation publique auprès de la population. Près de 13 000 habitants y ont pris part. 97,3 % des votants se sont prononcés pour le maintien du nom "Gierek" toujours aussi apprécié pour son rôle dans le développement de cette région industrielle !



Mineur dans le Pas-de-Calais

Son souvenir reste tout aussi vif dans le Nord de la France, où sa famille a émigré au milieu des années 1920. Mineur de charbon habitant Libercourt puis Leforest dans le Pas-de-Calais, militant de la CGT Unitaire et du PCF, Edward Gierek a été l’un des acteurs de la grève de la fosse 10 de la Société des Mines de l'Escarpelle du 6 au 8 août 1934. L’une des premières grèves au fond d’un puits de mine de l’Hexagone ! Ce mouvement de protestation contre la politique répressive du patronat des Mines s'est soldé par l'expulsion de dizaines de grévistes et l’arrestation des meneurs incarcérés à la prison de Béthune ! Edward Gierek est donc expulsé vers la Pologne en cet été 1934, avant de revenir en Occident, trois ans plus tard. Il gagne alors les mines du Limbourg en Belgique qu’il quitte en 1948, dans le cadre de la politique de rapatriements orchestrés par le gouvernement polonais. Membre du POUP, il gravit les échelons de la hiérarchie du parti dont il prend la tête en 1970. Il a alors le statut d’un chef d’Etat. Toujours sous le coup d’un arrêt d’expulsion, Edwar Gierek revient en France dans le cadre de visite officielle, en 1972 et 1979.



Pétition en ligne

La municipalité de Sosnowiec avait jusqu’à ce 2 septembre pour se plier aux injonctions de l’Institut polonais de la mémoire (IPN) et du gouvernement qui ont placé Edward Gierek sur leur « liste noire » des militants dont il s’agirait d’effacer la mémoire. Refusant de se plier à cette exigence marquée au sceau du révisionnisme et de l’anticommunisme, la municipalité s’expose ainsi à des sanctions financières. C’est au gouverneur de la province de prendre, en dernier ressort, la décision. Le SLD (Sojusz Lewicy Demokratycznej / Alliance de Gauche démocratique) de Sosnowiec, a pris l’initiative de s’adresser au gouverneur de la province via une pétition accessible en ligne (http://www.petycje.pl). Les pétitionnaires assurent que le nom de Gierek reste associé du développement le plus dynamique de la ville depuis 115 ans et sa fondation. La période des années 1970 a offert à Sosnowiec de se doter d’infrastructures (transport, logements, etc.) synonyme de développement et d’amélioration des conditions de vie des habitants. La popularité de Gierek est confirmée par les fleurs et les bougies qui sont déposées sur sa tombe, chaque année, en juillet, mois de sa disparition. Sans sombrer dans l’idolâtrie, les signataires demandent seulement que ses mérites tangibles ne soient pas effacés des mémoires.

mardi 8 août 2017

Au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel

Mesdames, messieurs,

Les organisations et personnalités signataires de ce texte au CSA s’adressent à vous pour exprimer une sollicitation conforme à l'exigence démocratique qui devrait être celle du service public de l’audiovisuel.
Au Venezuela la situation politique est extrêmement tendue.
 
Les médias français donnent une version unilatérale des causes de cette situation et des faits qui se déroulent dans le pays conforme à la version de l'opposition d'extrême-droite et de droite vénézuélienne.

Or des observateurs dont le sérieux et le souci de la vérité sont reconnus comme Maurice Lemoine et bien d'autres confirment au contraire une version de faits conformes à ce que déclare le pouvoir bolivarien du président légitime et démocratiquement élu Maduro qui a lui-même succédé au président Chavez. Or cette version des faits est totalement ignoré par les médias y compris ceux du service public.

C'est pourquoi il nous parait conforme à la justice et à la démocratie que la parole soit donnée à ceux qui représentent la majorité du peuple du Venezuela.
Aussi les organisations signataires vous demandent expressément de donner la parole à son Excellence l' Ambassadeur de la République bolivarienne du Venezuela au JT de 20h sur France 2 et le 13h de France Inter pour qu'il ait la possibilité et le temps d'exposer le point de vue du camp progressiste.
 
L'attitude unilatérale, le refus du débat démocratique des médias y compris de service public sont inquiétants autant pour la conception de l'information qu'elle révèle que pour l'information libre de nos concitoyens.

Les organisations signataires et les signataires individuels attendent une réponse rapide et positive de votre part conforme à la mission de votre institution qui est de garantir l'exercice de la liberté de communication audiovisuelle en France.

Veuillez recevoir, mesdames, messieurs, l'expression de notre parfaite considération.

Pour le Pôle de Renaissance Communiste en France, son président, Léon Landini,
Président de l’Amicale des Anciens Combattants des bataillons FTP-MOI Carmagnole-Liberté de la Région Rhône-Alpes.
Officier de la Légion d’Honneur.
Médaille de la Résistance.
Interné de la Résistance.
Grand Mutilé de Guerre suite aux tortures subies au cour de son internement par la Gestapo.

Le Mouvement pour le Socialisme du 21e siècle
Les Clubs penser la France
Le Comité Internationaliste pour la solidarité de classe (CISC)

Pour le Cercle Henri Barbusse (CHB)  Claude Langlet

Aurélien Bernier
Breysacher Christophe

dimanche 26 février 2017

Lettre-pétition aux représentants de la République de Pologne en France

Pour la préservation de la mémoire de la Résistance en Basse-Silésie !

Le gouvernement polonais prétend revisiter l’Histoire du pays dans un sens ultranationaliste et clérical. Entrée en application en septembre 2016, une loi vise ainsi à interdire dans l’espace public toute référence à des idéaux progressistes. En vertu de cette disposition, la ville de Walbrzych pourrait débaptiser les rues « Burczykowski » et « Rabiega ».Originaire de Sallaumines (Pas-de- Calais), la famille Burczykowski a combattu l’occupant nazi pendant la Seconde Guerre mondiale.

Joseph Burczykowski, le père, est mort en déportation à Sachsenhausen. Trois de ses fils, membres des Francs-tireurs et partisans (FTP), ont été assassinés par les Allemands. Dans l’entre-deux- guerres, le syndicaliste Thomas Rabiega de
Montigny-en- Ostrevent (Nord), soucieux d’améliorer les conditions de travail et d’existence des mineurs de charbon, s’est élevé contre les pratiques rétrogrades du patronat des Mines. Un engagement salué à la Libération par les mineurs polonais rapatriés de France afin de contribuer à la renaissance de cette ville industrielle de Basse-Silésie. Dans le Bassin minier du Nord-Pas- de-Calais, ces noms symbolisent la résistance à toutes les oppressions et la vaillance de l’amitié franco-polonaise « pour votre et notre liberté », selon un slogan en vogue à l’époque.Prétendre débaptiser ces rues, c’est faire offense à cette mémoire commune. Aussi nous vous saurions reconnaissants de bien vouloir signifier aux autorités compétentes notre volonté de conserver intacts ces témoignages de la France combattante au cœur des Sudètes.

Les premiers signataires :

Christian Pedowski, maire PCF de Sallaumines, (62)

Léon Landini, retraité, président du PRCF, président de l’Amicale des anciens FTP-MOI de la région Rhône-Alpes (Bataillons

Carmagnole-Liberté), grand mutilé de guerre suite aux tortures endurées pendant son internement par la Gestapo, décoré

pour faits de résistance par l’Union Soviétique, Bagneux, (92)

Jean-Jacques Candelier, député du Nord, Maire de Bruille-lez- Marchiennes, Vice-président de la commission Défense

nationale et Forces armées de l’Assemblée nationale, (59)

Jacques Kmieciak, journaliste, SNJ-CGT / Les Amis d’Edward Gierek, (62)

Georges Gastaud, secrétaire départemental du PRCF, fils de feu Raymond Gastaud, décoré par la République populaire de

Pologne pour avoir aidé des soldats polonais à déserter la Wehrmacht pendant la Seconde Guerre mondiale, (62)

Hervé Poly, secrétaire de la Fédération du PCF du Pas-de- Calais, (62)

André Démarez, journaliste honoraire, correspondant de l’Humanité à Varsovie de 1976 à 1979, (62)

Bruno Drweski, enseignant-chercheur, militant de l’ARAC, (92)

Jean Ooghe, retraité, ancien sénateur de l’Essonne, ancien maire de Sainte-Geneviève- des-Bois, président départemental de

l’Association des anciens combattants et amis de la résistance, directeur de la Revue de la Résistance, (40)

Edmond Szarzynski, retraité de l'Education nationale, conseiller municipal de la vraie gauche à Houdain, (59)

Dominique Watrin, sénateur PCF du Pas-de- Calais, (62)

Raymond Frackowiak, retraité mineur, Syndicat des mineurs CGT, (62)

Arlette Alban, retraitée, Syndicat des mineurs CGT, (62)

Mathieu Bayart, fonctionnaire territorial, PCF, Auby (59)

Jacques Lacaze, médecin, Lieu auto-géré (LAG), (62) Association d’Éducation Populaire

Michèle Belot, professeur de langue, (62)

Daniel Rougerie, retraité de l’Éducation nationale, ancien adjoint au maire à Lille, directeur de publication du site Résistance-

Politique, Lille (59)

Annie Lacroix-Riz, professeur émérite d’histoire contemporaine, Paris 7, chercheuse, SneSup / PRCF, (78)

Jean-Michel Canlers, enseignant, (62)

Frédéric Naveteur, informaticien, citoyen communiste, (62)

Jean-Claude Dengremont, anarcho-syndicaliste, libre penseur, (62)

Thierry Milhomme, éducateur, (62)

Odile Hage, retraitée de l’Education nationale, PCF / SNEP-FSU, (59)

Antoine Manessis, responsable PRCF, fils de Résistants (père EAM-ELAS / mère FFI), (38)

José Minard, maçon, retraité des BTP, ex-syndicaliste CGT, syndicaliste FSC (Front syndical de classe) / PRCF, Outreau

(62)

Geneviève Pourcelle, enseignante retraitée, militante de gauche, (62)

Alain Pourcelle, médecin du travail retraité, militant de gauche, (62)  

Nadia Majdzerczak, enseignante retraitée, PRCF, (62)

Jacques Kleinpeter, retraité, Mazingarbe (62)

Jean-Pierre Page, Paris, ancien dirigeant national de la CGT, Paris (75)

Francis Arzalier, historien, président du Collectif communiste Polex, (95)

Joël Vuylsteker, enseignant à Hénin-Beaumont, syndicaliste communiste, (62)

Hermine Pulvermacher, retraitée, ancienne FTP-MOI, Nanterre (92)

Colette Becquet, enseignante retraitée, CGT, (59) 

Jean-Louis Fossier, retraité de la Fonction publique territoriale, élu PCF de Courrières, (62)

Liliane Mortier, enseignante retraitée, CGT Educ'Action, (59)

Pierre Charret, ancien résistant FTP Creuse et Indre, combattant volontaire « 1939-45 », Wasquehal (59)

Monique Heddebaut, enseignante, (59)

Martine Barbieux, professeur, CGT Educ'Action, (59)

Marina Chauvac, professeur, CGT Educ'Action, (59)

Daniel Dewalle, retraité du ministère de la Justice, PCF, (62)

Jean-Claude Naveteur, professeur d'histoire retraité, maire d'Avesnes-les- Aubert de 1995 à 2008, PCF, (59)

Dominique Ben, président de l'Institut d'histoire sociale CGT du Douaisis et Environs, (59)

Freddy Kaczmarek, maire d'Auby, PCF, (59)

Patrick Mania, agent Enedis, PCF / CGT des Mineurs de la Gohelle, Grenay, (62)

Monique Nivet, retraitée de l’Education nationale, PRCF, (59)

Chantal Portaux, Les Amis d’Edward Gierek, (62)

Christian Lescureux, retraité PCF /FSU, (62)

Marianne Dunlop, retraitée, Mouvement de la Paix, (62)

Jean-Pierre Bouzin, Wasquehal (59)

Christian Delépine, chauffeur poids lourd CGT Xpologistics, Arras, Collectif « Bassin minier » Abdallah, (62)

Monique Delépine, agent d’entretien, Collectif « Bassin minier » Abdallah, (62)

Louis Bembenek, mineur retraité, CGT, (59)

Marie-Paule Baude, (62)

Christian Szewczyk, sculpteur, (62)

Patrice Bardet, informaticien, CGT, (59)

Charles Beauchamp, président du Groupe communiste, républicain, citoyen et apparentés au conseil départemental du Nord,

(59)

Gabriel Krause, éducateur, éco-socialiste libertaire, (69)

Jean Delépine, préparateur de commandes, (62)

Thibaut Delépine, plombier chauffagiste, (62)

Stéphane Hernu, retraité de l’Education nationale, (62)

Laëtitia Hamel, (62)

Marcel Coffre, maire PCF de Marles-les- Mines, (62)

Pierre Carette, imprimeur, FGTB, (Belgique)

René Vandenkoornhuyse, professeur retraité, SNES-FSU/ PCF Audomarois, (62)

Philippe Boulfroy, chanteur picard, membre de l'association Achteure, académicien de l'académie des "Lafleur" Amiens, (60)

Vincent Flament, PRCF, rédacteur en chef d'Initiative Communiste, (59)

Alexandre  Ruiz, retraité du BTP , Parti de la démondialisation  PARDEM 62, (62)

Joël Copin, retraité  PCF, Rouvroy, (62)

Bruno Mattei, professeur de philosophie honoraire, Université citoyenne et populaire de Roubaix, (59)

Marcel Debauche, retraite 62710

Frédéric Mustar, informaticien, JazzSurLesTerrils, (62)

Yves Mascorte, retraité du Bâtiment, PCF, Hénin-Beaumont (62)

Dimitri Larivière, demandeur d’emploi, PCF, Hénin-Beaumont (62)

Edith Chevalier, citoyenne de Torcy (62)

Emmanuel Vire, Journaliste, syndicaliste

David Noël, enseignant, conseiller municipal PCF Hénin-Beaumont, (62)

Françoise Dellac, professeur retraité de l'Education nationale, PCF

Yves Salingue, retraité de la FPT, adjoint au maire de Libercourt, (62)

Christophe Dero, artisan, (62)

Alcide Carton, inspecteur de l’Education Nationale honoraire, (62)

Michel Royer, membre de l'association française Buchenwald Dora et kommandos et de Territoire de la mémoire

Richard Marcziniak, artiste peintre, (23)

Claude Lucantis, enseignant retraité, Comité « Libérez-les ! » de soutien aux prisonniers et réfugiés politiques (59-62),

Collectif de Soutien à la Résistance Palestinienne (CSRP 59), (59)

Franck Dupont, syndicaliste, (62)

Guy Beauchamp, fils de déporté, Marcq-en- Baroeul, (59)

Leïla Dutailly, éducatrice spécialisé, PCF Arras, (62)

Maryse Massart, aide à domicile, PCF Arras, (62)

Chantal Fossier, professeure retraitée, PCF Courrières, (62)

Kamel Ben Azzouz, PCF Pas-de- Calais, (62)

Daniel Dupont, retraité de l’Education nationale, (62)

Patrice Dufossé, éditeur, Editions Nord Avril, (59)

Olivier Averlant, journaliste, (62)

mardi 6 décembre 2016

Réflexions et souvenir d'un membre fondateur du Comité Honecker (ancien nom du CISC)


De 1979 à 1989 j’ai effectué 5 séjours en RDA dont l’un de 10 mois en tant qu’auditeur libre à l’Université. Les souvenirs et réflexions qui suivent ont du être écrits vers 1993, alors que tout ceci était encore frais. Je les livre tels quels agrémentés de quelques notes d’aujourd’hui. Ils retracent donc mon niveau de réflexion voici plus de 20 ans….

 Je ne connais pas de réussite urbanistique aussi marquante que ce que fut l'espace compris entre l'Alexanderplatz et la Spree avec la Marienkirche ouverte sur les fontaines où l'été des enfants de tout âge aimaient à se tremper les pieds. Un des rares lieux du pays ou chaque jour et près qu'à toute heure, le passant était assuré de croiser quantité de ses contemporains. Dans les nombreux débits de boisson sous formant soubassement de la tour de télévision (que le capitalisme n'osera pas abattre) au pied de la digue du métro aérien tournant le dos aux constructions de béton édifiées entre les deux guerres dans la direction des quartiers nord (que le capitalisme masque sans doute aujourd'hui de lumineuses pancartes de plastique à moins qu'il n’ait trouvé des méthodes nouvelles pour inscrire dans l’air le nom divinisé de produits de consommation courante.), les ouvriers par les matins d’été consommaient de petits pains renforcés de charcuterie, seulement vêtus d’un maillot de corps. Ce costume négligé ne s’arborait qu’à l’Est. Peu de citoyens de la RDA comprenaient la spécificité de ces scènes et savaient que même les fast Food du centre de Paris, de Londres, ou de Munich proposaient des tarifs inaccessibles aux ouvriers.
 
 C’est seulement depuis la chute de la RDA que se multiplient les discours sur la ville excluante. C’est seulement avant qu’à Berlin, pouvait se mesurer l’agrément d’une cité dont chaque quartier était ouvert à tous. Le Palais de la République, seul lieu de pouvoir du monde à offrir des cafés, un théatre , des disco’s, ces salle de danse bon enfant qui n’ont pas d’équivalent en France. Les seigneurs du capitalisme ont fermé le théâtre et recouvert le bâtiment avec des tentures 1
Revenons y, l’automobiliste qui, parti du Parvis des Droits de l’Homme emprunte la rue Raymond Poincaré l’avenue de la grande Armée et observe à chaque feu rouge les costumes des passants et les jambes des passantes, éprouvera après qu’il se sera enfoncé dans le nouveau tunnel de Neuilly et qu’il aura surfé autour de le Défense, l’étrange impression d’avoir changé le monde au pied des immeubles du Petit Nanterre, jonquilles, tris, tulipes, dans le centre commercial de Sartrouville, il mesurera à la démarche, aux vêtements au vocabulaire des bipèdes qui l’entourent, que le monde est soudain différent. Rien de tel à Berlin. Même densité moyenne des mêmes jeans, des mêmes parkas, des semblables coiffures, d’Alex à Lichtenberg et à Pankow. N’en concluons pas à une caricaturale monotonie vestimentaire, où en tout cas pas à celles dont on aurait pu préjuger. A l’été 1979, je découvris une ville où le jean le plus classique possible semblait faire l’objet d’un consensus quasi absolu (il était d’ailleurs fort gênant que celui d’une de nos interprètes officielles arbora l’étiquette « Levi-Strauss »).
Revenons à l’organisation des villes sans pression foncière, le centre des agglomérations n’était pas plus prisé que les banlieues. D’où la possibilité d’y laisser d’immenses espaces verts comme à Dresde, Cottbus etc. D’où aussi des parcelles plus ou moins laissées à l’abandon, comme celle proche de la Julian Grimau Allee de Dresde, où le personnel d’une entreprise voisine élevait en 1984 deux moutons pour le méchoui annuel à deux pas du Zwinger. Pas de pression foncière, d’où la possibilité de laisser de larges espaces entres les bâtiments, différence essentielle avec de grands ensembles de l’Ouest. De nombreux immeubles en béton furent bâtis à la périphérie des villes apparemment comme en Occident et même un peu plus tard. Seule différence, il ne s’agissait pas de ghettos réservés à une seule catégorie de population. On m’a raconté qu’à Dresde Prohlis, un général avait reçu un logement neuf dans un environnement digne de Sarcelles et que l’armée ( ou la police) avait fait poser chez lui le seul téléphone du quartier. Devant lesquelles les ménagères ne cessaient de se relayer. Combien de généraux ont-ils vécu en HLM en France ???

Pour engager la construction du grand ensemble de Gorbitz à Dresde, avait d’abord été construit le restaurant Grünen Heinrich qui servait de cantine aux travailleurs du bâtiment. On y avait ensuite posé, quasiment à même le sol, , indépendants de la voirie routière, les rails du tramway (une infrastructure alors quasi-inexistante en France) . Lorsque je fréquentais ce quartier, les rues étaient à peine tracées et la terre végétale était stockée en tas de plusieurs mètres de haut. La Kaufhalle , une moyenne surface, venait d’ouvrir et avait pris la succession d’une crêmerie-épicerie installée, de même que la poste, dans un rez-de-chaussée d’immeuble. L’ouverture de ce magasin avait été rendue possible par l’embauche de quelques retraitées du quartier venues suppléer pour quelques heures hebdomadaire au manque chronique de main d’œuvre. Les caisses enregistreuses de ces magasins étaient mécaniques et les caddies beaucoup plus petits que le modèle occidental (on pouvait poser une caisse de boissons sur la partie inférieure). Le film « La légende de Paul et de Paula » offre une assez bonne idée de l’ambiance. Ce film évoque aussi les poêles à lignite et la corvée quotidienne de chauffage propre aux immeubles anciens et par rapport à laquelle la construction massive de logements modernes représentait un incontestable progrès. L’énorme effort de construction de logements réalisés durant les années 70-80 eut pour résultat positif une véritable amélioration de la situation des familles et des ménages restreints qui disposèrent pour l’essentiel d’un espace suffisant. Cela joua sans doute un rôle dans le redémarrage de la natalité à partir du milieu des années 80. Mais cet effort laissa de côté les constructions anciennes. Lors de ma visite de 1979, les façades berlinoises, essentiellement de briques recouvertes de crépi étaient uniformément brun-grisâtre au point qu’il était difficile de distinguer les bâtiments des années 50 des constructions antérieures. Même des immeubles de béton souffraient de l’état de leurs peintures et rejoignaient, sous l’effet de la pollution la couleur dominante. J’ai évoqué le tramway et il est essentiel de préciser que les terminus opérationnels ne suivaient que de quelques dizaines de mètres la mise en location des logements. A 20 pfennigs le voyage, les tarifs étaient ridicules et chacun pouvait se déplacer à n’importe quelle heure sans souci de rentrer après le dernier tram puisque de nombreuses lignes fonctionnaient toute la nuit. Je n’ai pas d’avantage rencontré de citoyens de la RDA qui aient craint de se faire agresser dans la rue. Le digicode et l’interphone étaient, sinon inconnus, du moins très rares, mais les portes d’entrée des immeubles étaient fermées dès huit heures du soir avec un simple système de sonnerie pour communiquer avec l’extérieur. Chaque locataire se devait de participer au lessivage des escaliers collectifs et du hall d’entrée prévu hebdomadairement. Telle était du moins la situation dans les petits immeubles (6 étages) construits sans ascenseurs. L’existence de la Hausgemeinschaft se limitait à cela et chacun pouvait vivre sans se soucier du voisinage. L’obligation théorique d’inscrire dans le Hausbuch les hôtes hébergés ne serait-ce que pour une nuit était souvent, si j’en juge par mon expérience, purement lettre morte. J’ai entendu parler de collectifs d’habitants plus actifs et j’ai même rencontré une responsable de groupe d’immeubles, collaboratrice bénévole de la police populaire. Elle s’occupait du bruit excessif fait par le groupe de français en villégiature. Le flicage de la population existait donc d’avantage sur le papier que dans les faits, du moins dans les villes. Il n’en était sans doute pas de même de l’obligation faite aux citoyens de RDA de déclarer les déménagements et les hébergements durables. Si les transports urbains étaient efficaces, les relations interurbaines par le chemin de fer, se caractérisaient par leur lenteur et leur peu de fiabilité. A la suite de la crise de l’énergie, l’essentiel des transports de marchandises se faisait par rail et l’infrastructure n’était pas à la hauteur. Les réparations soviétiques avaient démontré toutes les installations électriques et mis à voie unique de nombreuses lignes après la guerre. De grands axes comme Berlin Dresde puis Berlin Rostock ne furent électrifiés qu’au cours des années 802. Cela n’était pas catastrophique compte tenu de la taille du pays mais cela incitait fortement les ménages à s’équiper d’automobiles. Même en ville, et jusqu’à ce que apparaissent les premiers embouteillages (j’en ai vu au cours des années), le gain de temps était appréciable, sauf à la pompe… et sauf en cas de panne, les pièces détachées étant encore plus rares que les garages. J’ai un jour interrogé un ami sur les raisons qui lui avaient fait acheter une Moskvitch. Il m’expliqua qu’il vivait avec une femme et des enfants jeunes, que le téléphone était loin et que la voiture était le seul moyen de trouver rapidement un médecin pour les enfants. Quoi qu’il en soit, l’accroissement de l’équipement automobile répondait dans bien des cas à un très réel effet de snobisme. Cet accroissement fut notable au cours des années 80. La plupart des gens que je connaissais s’étaient équipés de leur premier véhicule motorisé au cours de la décennie. Bien qu’il fallut jusqu’à 12 ans d’attente pour une Trabant neuve, vendue 10000 Marks, le marché de l’occasion offrait des prix florissants, à des tarifs supérieurs à ceux du neuf. Si l’on précise qu’en outre, le prix du litre d’essence était au niveau français (pour un salaire de 1000 Marks par mois), on peut supposer que de nombreux possesseurs de voitures laissaient leur propriété à quatre roues au garage. Le réseau routier était dans l’ensemble satisfaisant, et l’état des chaussées meilleur sur les routes de campagne que sur les autoroutes. Ce réseau était pour l’essentiel à deux voies, mais, c’est un fait que les camions étaient fort rares.

Evoquer la question des transports oblige à parler de celle des voyages. Je n’ai jamais rencontré de citoyens de RDA qui m’ait dit éprouver des difficultés matérielles pour partir en vacances. Depuis 1979, je crois, il y avait 18 jours effectifs de congé (soit près de 4 semaines) mais les trains étaient souvent bien remplis le vendredi dès 14 heures. La plus proche étendue d’eau chaude était bien entendu le Balaton, puis les côtes roumaines et bulgares sur la Mer Noire. Que celles-ci fussent connues de quasiment tous, c’était une évidence. La plupart des gens que j’ai rencontré avaient également voyagé en Union Soviétique, souvent dans le Caucase, parfois jusqu’en Sibérie. Leurs remarques sur la vie quotidienne au  pays des soviets étaient proche de celles que les français peuvent faire avec notamment de longs chapitres sur l’état des sanitaires. A partir de 1981, il ne fut plus possible aux allemands de l’Est de voyager librement en Pologne. Les voyages à l’Ouest étaient bien entendus beaucoup plus rares. Autorisés pour les retraités, ils étaient, jusqu’au milieu des années 80 quasiment impossibles pour les jeunes d’âge actif. La situation évolua ensuite et je peux témoigner qu’il devint courant de rencontrer des gens ayant voyagé à l’Ouest mais incapables de préciser pourquoi cette « faveur » avait pu leur être accordée. Cette évolution ne fut pas, à ma connaissance, commentée dans la presse… Ceci était vécu douloureusement mais il y avait pourtant de solides arguments pour limiter le droit au voyage. Rappelons d’abord que la R.F.A., refusait de reconnaitre la citoyenneté est allemande, octroyait immédiatement une carte d’identité de citoyen ouest-allemand à tout voyageur, qu’il eut l’intention de rester ou non. Rappelons aussi que le Mark de RDA fut constamment côté, à Berlin-Ouest entre le septième et le quart de sa valeur officielle, selon les époques et qu’une circulation massive aurait équivalu au transfert à l’Ouest d’une part non négligeable de l’épargne nationale. Dans ces conditions, un père de famille désireux d’abandonner des enfants, par exemple, n’aurait eu aucun mal à disparaitre. Sans aller jusqu’à ce cas extrême, disons que dans certaines professions, par exemple ingénieur informaticien, le rapport de salaires est/ouest pouvait être de UN à QUATRE et que de toute manière certains produits de luxe, par exemple des voitures de sport, des chaines compactes, des magnétoscopes n’étaient pas disponibles sur le marché. Disons le tout net, établir la liberté absolue de circulation, c’était s’exposer à non seulement au pillage des cerveaux mais également à perdre toute indépendance en matière d’échelle des salaires et de production de biens de consommation avec l’obligation de multiplier au delà du nécessaire l’offre de biens de luxe qui, en tout état de cause n’auraient jamais pu bénéficier de la publicité qui fleurissait à l’Ouest. Bien entendu, si l’on discutait ouvertement de ces questions, par oral, la propagande écrite ne permettait guère de disposer d’arguments à ce sujet. Si ce n’est la diffusion, au début de 1985 de listes des gens ayant émigré et désireux de rentrer chez eux. Voilà qui était insuffisant.

 J’ai abordé la question des salaires. A 600 Marks, un jeune professeur de français avait de quoi vivre sans abuser c’est-à-dire sans voiture et sans téléphone. Si le loyer, l’eau, le chauffage etc….étaient d’un coût négligeable, il n’en était pas de même de l’habillement, en général plus cher qu’en France pour les adultes. L’impôt sur le revenu était inconnu semble t’il. En ce qui concerne l’offre culturelle, si certains livres pouvaient atteindre 38 Marks chez Akademie Verlag, les éditions populaires à moins de 5 Marks étaient nombreuses. On trouvait dans ces collections jusqu’à quelques extraits de Kant et de Max Weber. Si la RDA édita les œuvres complètes de Rosa Luxemburg dont celle où elle critique la dissolution de l’Assemblée Constituante par les bolchéviks mais pas « Histoire et conscience de classe » de Lukacs, pas question de trouver les œuvres de Staline ailleurs qu’en « Antiquariat » (brocante) celles de Trotski, de Nietzsche et de Freud semblant introuvables. Situation ridicule dans un pays où tous les écrans recevaient une propagande anticommuniste digne du Bild Zeitung.
Soyons clairs, il est difficile de démêler ce qui était introuvable parce que proscrit de ce qui était tout simplement ‘’vergriffen’’, c’est-à-dire épuisé, parfois avant même d’avoir mis en vente.
Je pus ainsi me procurer « dialogues avec mon arrière petit-fils » de l’historien et économiste Jungen Kuczynski … grâce à des relations. En effet, des ‘’comités d’entreprise’’ recevaient avant parution des listes d’ouvrages sous presse que chaque travailleur pouvait commander. Certains ouvrages ne prenaient ainsi jamais la voie des librairies.
Cette digression faite, revenons-en à cette question des rémunérations. Sous le professeur de français, on trouvait quelques corporations, et encore en dessous, les retraités et les étudiants ( bourse de base : 200 Marks mensuels). Au dessus, on trouvait les femmes de ménage et les différentes catégories d’ouvriers qui, avec le système des primes relatives au 3x8 dépassaient facilement les 1200 Marks, niveau à partir duquel on pouvait estimer avoir des difficultés à dépenser tout son argent. Cette situation conduisait à de nombreuses incongruïtés vu du point de vue occidental. Un ami m’expliquait que, professeur à l’université technique de Dresde, il gagnait d’avantage en enseignant la physique (techniques de mesures) qu’autrefois, alors qu’il dirigeait une entreprise de production. D’une manière générale, le travail qualifié et le travail intellectuel ne semblaient pas rémunérés avec une valeur relative aussi élevée que celles dont ils jouissent en régime capitaliste. Ainsi, bien que le socialisme est-allemand n’ait jamais prétendu être une société égalitaire, la question des inégalités se posait en tenues tout à fait différents de ce qu’elle était à l’Ouest. De manière convaincante, Erich Honecker a fait litière dans ses souvenirs des accusations portées sur le niveau de vie des principaux dirigeants politiques. Je peux témoigner que le fils d’un ministre pouvait vivre, confortablement mais sans plus, sa carrière militaire s’étant interrompue lorsqu’il avait épousé une française professeur de sport, il avait fait construire (ou construit lui-même) sa maison en faisant prêter les week-ends le matériel d’entreprise de construction.
Il me raconta notamment que la police et l’armée de RDA devaient respecter des consignes très strictes en matière d’usage des armes ( sommations etc…) et estimait bien supérieurs en la matière les pouvoirs et la couverture dont jouissaient les ‘’flics’’ français (il employait le mot).
Par ailleurs, dans ce pays qui manquait cruellement de travailleurs du bâtiment et de femmes de ménages notamment du fait d’une très faible immigration et où la formation professionnelle était très développée de même que l’éducation populaire, le problème d’inégalité ne pouvait se poser qu’en ayant établi au préalable que n’importe quel travailleur, même non qualifié avait la possibilité de trouver un emploi, sans doute pénible, mais de nature à lui assurer un revenu très au dessus du minimum. Voilà qui n’est pas un détail. Pas non plus, le nombre d’étudiants ayant un, voire deux enfants ainsi que ceux qui, ayant été orientés vers les études techniques, se reconvertissaient dans la philosophie ou les sciences humaines… disciplines non pas plus rentables financièrement mais plus stimulantes intellectuellement de leur point de vue.
A l’entrée de l’université et des cités universitaires, le contrôle de cartes était systématique. L’ambiance à l’intérieur se différenciait peu de celle d’universités françaises. La bibliothèque comportait à la fois un « enfer » regroupant les livres occidentaux et une liste de thèses inaccessibles aux étudiants étrangers, c’est-à-dire pouvant être empruntés par l’intermédiaire de condisciples allemands. Les heures de cours étaient apparemment très longues pour les étudiants allemands mais tant les différents Resto’U que les foyers souterrains du bâtiment central étaient constamment bien remplis. Un brötchen de 10 heures coupant la matinée des allemands servait de petit déjeuner aux étudiants étrangers moins matinaux. La documentation disponible était, du moins dans les sciences sociales, le plus souvent du type tristement apologétique mais certains ouvrages pouvaient comporter des passages intéressants. Beaucoup plus passionnants étaient les débats avec les professeurs. La plupart d’entre eux étaient âgés et racontaient des choses étranges sur la manière dont, en tant que tractoristes, ils avaient aidé à la collectivisation agricole dans les années 50.
Sur le fait que jusqu'à cette époque ils avaient souffert de la faim («  nous nous rassasions en étalant de la margarine » me disaient ils) etc........ je peux témoigner qu'il s' agissait au général d'hommes et de femmes de conviction, attachés aux réalisations de leur génération, aptes au débat et à la confrontation politique mais par ailleurs installés dans une vie modeste mais douillette, sans exigence intellectuelle démesurée. Ils semblaient en particuliers incapables de comprendre le développement du socialisme nécessitait un minimum de débat public sur les orientations à adopter, et que le travail de conviction idéologique des éléments critiques était à terme préférables à répression. Ils semblaient par ailleurs inaptes à prendre en compte les révendications spécifiques aux jeunes autrement que comme des concessions à des courants idéologiques de vie quotidienne en provenance de l’Ouest. Il en était ainsi des phénomènes de mode ou de la diffusion massive du rock.
Notons à ce sujet, bien que la législation fiscale fasse de la France au cas particulier, qu’il était bien plus facile à un jeune de Berlin-Est d’aller danser dans une ‘’disco’’ sur une musique d’inspiration et parfois d’inspiration américaine, qu’à un jeune parisien de sortir en boite. Les étudiants ne se privaient pas d’en profiter. Les clubs de jeunes et étudiants, ou particuliers à Berlin, se caractérisaient par ce type d’activités. Par ailleurs, outre les conférences de vulgarisation scientifiques d’Urania, de nombreux débats étaient organisés. Je me rappelle en particulier d’une rencontre avec Kuczynski précitié lors de laquelle la cave de l’université était si pleine que je ne pus apercevoir le physique de l’orateur. Celui-ci se limita pas à signaliser la situation de le presse et notamment la veule servilité de « Neues Deutschland ». Il souligna par ailleurs la profonde honnêteté d’Erich Honecker et ce fut moins apprécié du public sur ce dernier point.
Il est évident que la faiblesse idéologique des médias explique pour partie le succès que rencontrait ce type de conférence et de débat ‘’La plume est serve ,mais la parole est libre’’ dit-on chez nous dans un autre contexte. Et de fait le contraste était frappant, non seulement entre la qualité des conversations privées et le formalisme des médias mais également entre celui-ci et la plupart des conférences organisées par des organismes parfaitement officiels comme la ligue culturelle (Kulturbund) Il était à la fois malheureusement prévisible et regrettable que cette organisation se laisse entrainer dans l’impasse du gorbatchévisme. Les intellectuels et les artistes étaient à la fois parfaitement inconscients du fait que leurs conditions matérielles de création et d’expression étaient à peu près sans équivalent au monde et que les limites mises à leur liberté d’expression étaient devenues très relatives dès lors qu’il s’agissait d’expression orales, et dans le même temps très sensibles à la difficulté de prendre part au débat directement politique et de publier, sans doute bien d’avantage qu’aux obstacles opposés à ceux qui voulaient se procurer des œuvres et des textes occidentaux récents. L’ensemble de tout cela était très soixante-huitard c’est-à-dire en fait très attaché à l’égalitarisme foncier des rapports de production socialistes et particulièrement peu soucieux du retard technologique de la Trabant sur la BMW.
Il est lamentable que ces milieux aient été à l’origine des mouvements qui aboutirent à l’effondrement du socialisme et à une grande Allemagne dont ils n’avaient vraiment que foutre. Le service militaire passait dans ces milieux pour une bizarre expression de barbarie féodale et je n’y entendis jamais s’exprimer le sentiment de nationalisme antirusse dont on trouvait des traces dans le reste de la population. Ce qui était frappant enfin, c’était l’étroite symbiose entre techniciens supérieurs, scientifiques, diplômés de sciences sociales et artistes… Un de mes amis alors les plus proches devint en 1987 permanent au Kulturbund après avoir eu pendant près de dix ans des fonctions de technicien dans l’industrie du bois. Il ne fut jamais, à ma connaissance membre du parti et s’enthousiasmait pour la Perestroïka. Il m’affirmait qu’en RDA personne n’était contre le socialisme je crois bien qu’il le pensait sincèrement.
La qualité de membre du parti n’était hélas pas un critère pour apprécier les prises de position politiques des uns et des autres. Certains membres du SED m'ont affirmé n'être même pas aller voter. Si le socialisme avait eu plus de deux millions3 de fermes défenseurs, ça se serait vu en 1989. Enorme et gélatineux, le SED était un instrument totalement impropre à la campagne idéologique déterminée contre la péréstroïka qui s’imposait dès 1986-87…Quand à la FDJ4 c'était encore pire. Cette organisation avait visiblement fait son temps depuis fort longtemps et n'avait plus aucune vie propre.
Lorsque Tchernenko mourut, en février 85, la pluie tombait sur les toits de Berlin, mais visiblement personne d'autre que le ciel ne pleurait, que se soit dans les casernes de l'armée soviétique, au Palais de la République ou parmi les professeurs de marxisme-léninisme qui attendaient que les Reagan et Jean Paul II, alors en pleine campagne anticommuniste rencontrent enfin un adversaire à leur mesure.
Mais qui était-ce donc que ce parti?? Certainement pas une organisation mue par l'unité idéologique et cultivant la fraternité entre ses membres. Pas non plus une espèce de Franc maçonnerie regroupant des citoyens se distinguant des autres par leur conditions d'existence ou leur mentalité. Je n'ai jamais vu personne sortir sa carte du parti pour quelque démarche ou quelques avantages que ce soit. Les membres du parti devaient donner l'exemple en participant à ce qu'on appelle chez nous des travaux d’intérêt général. Du genre "pas ce soir, il faut que j'assure le contrôle des cartes à la cité universitaire" "Et pourquoi? " "c'est Parteiauftrag (c'est à dire une mission certifiée par les organes du parti.). Il s' agissait en général de missions tout à fait matérielles et concrètes Mais d'agitation politique point, Ou si peu.....
Ce que l'Etat5 exigeait des jeunes voulant manifester leur enthousiasme pour le socialisme, ce n'était pas des prises de position idéologiques, c'était:
"Marx ehren, sich bewähren"
C'est à dire dans les faits, obtenir de bons résultats scolaires, participer aux récoltes volontaire de pommes et de pommes de terre, et, plus tard, être exemplaires à leur poste de travail. Bien entendu, la mentalité des allemands et leur sens assez passif de la morale s' adaptait assez bien, du moins en surface à de telles exigences. Tout ceci fonctionnait sans trop de récriminations ouvertes: les membres du SED arrivaient à l'heure au travail, participaient aux réunions sur le temps de travail, faisaient les vitres de leurs fenêtres pour le passage du défilé du 1er Mai et parfois même y suspendaient un drapeau de la RDA ou un drapeau rouge. Tous les autres drapeaux étaient disposés dans les rues par les services municipaux, ou équivalent, de même que les panneaux et banderoles ornant les carrefours et proclamant par exemple que
"Plus le socialisme sera fort, plus la paix sera sûre" ou "Notre plein soutien aux propositions de paix de l'Union Soviétique".
Au fur et à mesure que les années passèrent, panneaux et banderoles deviennent plus rares. Ils furent parfois bizarrement amputés. Au débouché de la Prager Strasse et au bout d'un vaste jardin public se dressait la mairie de Dresde devant laquelle passaient régulièrement des tramways.
"Vive l'amitié Germano Soviétique" était-il inscrit sur le fronton en 1985. Quelques années plus tard, ce n'était plus que : "Vive l’amitié".....
Un exemple qui en dit long sur le fait qu'il y eut prise de distance par rapport à la Perestroïka mais pas d'effort réel de conviction. La RDA fournissait l'exemple d'un pays où le pouvoir du peuple n'arrivait pas à s'exercer par une démocratie active, la plus directe possible. Cette situation créait des mécontents parmi ceux la même qui défendaient l'ordre social en place. Les allemands de l'Est abonnés à « Temps Nouveaux » ou aux « Nouvelles de Moscou » n'étaient sûrement pas les plus hostiles au socialisme.... On imagine leur réaction lorsque la poste allemande leur fit savoir que leur abonnement était suspendu. .... et leur proposa de les rembourser. Certes ces journaux avaient fait paraître des articles expliquant que Staline était autant responsable qu'Hitler du déclenchement de la seconde guerre mondiale. Mais, outre le fait que de tels arguments sont facilement réfutables, on en entendait bien d'autres à la télévision et sur les radios de l'Ouest..........
Quoi qu'il en soit, les lecteurs concernés considérèrent une fois de plus qu'on les traitait comme de petits enfants. Il est clair que le développement du socialisme, ayant pour l'essentiel satisfait des besoins matériels immédiats, nécessitait la participation de plus en plus active des citoyens, non pas seulement aux tâches bénévoles quotidiennes mais à la prise de décision concernant le développement de l'ensemble de la société. Il est clair également qu'en RDA, le débat était objectivement limité par tout un tas de considération diplomatiques et stratégiques. Il apparaît cependant que les léninistes de la décision du SED ont commis une faute politique majeure en ne s’appuyant pas, face à cette fraction de la population que le modèle de consommation proposé par l'Ouest suffisait à séduire, sur tous ceux qui étaient prêts à manifester leur attachement à l'essentiel: les rapports de production socialistes. Il est clair que le système politique n’était pas organisé pour cela alors que la notion de « révolution dans la révolution » pouvait ouvrir cette perspective.
Le 1er Mai 1985 offrit à Dresde une triste caricature. Sonorisation des rues et défilé silencieux de la population regroupé par entreprise. Il paraît que dans certaines d'entre elles, les gens qui n'avait pas été présents se le faisaient reprocher. On voyait aussi quelques hommes âgés et bedonnants en tenue de combat, contrastant avec les uniformes bien taillés et bien portés des policiers et des soldats portant casquette et culotte de golf. C'était les Kampfgruppen, littéralement, les groupes de combats de la classe ouvrière. Ceux que je vis ne faisaient aucune impression martiale... Il s’agissait en général de cadres d'entreprises désireux sans doute de se faire bien voir. Je sus que certains d'entre eux pouvaient être conviés à des exercices de nuit quasi-obligatoires et que ce type de perspective était loin de susciter l'enthousiasme. Tout aussi bizarre était la propagande d'allure quasi militariste en faveur de la GST, la société pour le sport et la technique, dont les activités, semble t’il s’inspiraient du scoutisme armé. Ses exercices satisfaisaient peut être quelques esprits faibles. Mais pour de larges masses de jeunes et de moins jeunes, la propagande faite autour de cette organisation tranchait étrangement avec la place que la politique officielle attribuait au maintien de la paix….

Finissons-en avec la politique en posant la question du rôle dont pouvaient bénéficié les médias dans tout cet ensemble. On en apprenait beaucoup plus sur le débat politique et social dans le pays en assistant aux spectacles du cabaret "le DISTEL" en vue de la gare frontière de Friedrichstrasse qu'en lisant une collection complète de "Neues Deutschland" ou en visionnant une année d'enregistrement d'Aktuelle Kamera" le journal télévisé du soir. Il y avait aussi une édition d'après-midi du "Berliner Zeitung" dont la maquette essayait visiblement d'imiter le "Bild Zeitung". Ces journaux étaient pourtant largement achetés peut-être du fait que leur coût négligeable. Leur contenu était absolument vide de quoi que ce soit qui aurait pu donner lieu à polémique6. Les spécialistes germanistes peuvent d'ailleurs s’en convaincre en consultant les collections. Par ailleurs, le système avait ses défenseurs et ses critiques qui souvent dans les mêmes milieux, savaient échanger des arguments très élaborés et bien informés. ..... La RDA n'était évidemment pas un pays où la population avait peur de s'exprimer. C'était aussi un pays où les points de vue et les réactions totalement différenciées pouvaient se faire jour..... mais jamais sous forme écrite. Il y eut ainsi, lors de la célébration des 750 ans de Berlin, opération qui suscita de nombreux travaux d’urbanisme dans la capitale, des petits facétieux qui réalisèrent des affiches avec le nombre d'années d'existence de Dresde par exemple, histoire de revendiquer que les besoins des villes de province soient mieux pris en compte. Non seulement de telles questions n'étaient pas ouvertement discutées mais le contrôle sur les média réduisait considérablement la masse d'information émanant de l'intérieur du pays. Ainsi le déséquilibre était énorme entre la masse d'informations provenant d'occident et le quasi silence interne. Cela équivalait à un système uniquement concu dans le seul but de diffuser à l'étranger une impression, d'ailleurs non dénuée de réalité, de société harmonieuse et exempte de conflits. Les habitants du pays, membres ou non du parti savaient que cette information était incomplète et embellie. Il en résultait non seulement une défiance légitime envers les médias internes mais également, et c'était peut être le plus grave, une impression qu'il ne se passait rien dans les pays et en quelques sorte que la vie était ailleurs. C'est pourquoi la région de Dresde où la télévision de l'Ouest ne pouvait être captée portant le nom de «  Tal der Ahnunglosen »7 J'ai vu aussi ou dans un village de Saxe une grande antenne collective plantée dans un grand champ au vu de tous. But de cette installation, une meilleure réception de la télévision de l'ouest....
Dans ces conditions, il y avait peut être des rencontres entre les citoyens et les institutions et des discussions entre gouvernants et gouvernés. Mais il n'y avait pas de débat public.
Les sujets n'auraient pourtant pas manqué, aménagement des villes, détermination des priorités en matière de consommation, arbitrage entre consommation et temps de travail, conception de l'éducation etc......... L'économie planifiée de RDA avait en effet atteint un niveau où il était possible de faire un certain nombre de choix. Tant que les besoins de base n'avaient pas été satisfaits, il n'y avait en effet pas grand chose à discuter. Le pays devant se doter d'infrastructures industrielles et des moyens de produire en masse vêtements, produits alimentaires et logements. Ensuite se posaient des questions nouvelles: développement de la voiture individuelle, des vêtements de mode etc. Le pays se laissa mener à une initiation systématique des modes de vie et de consommation correspondant au modèle capitaliste. Certes une poussée irrésistible semblait entrainer dans cette direction et peut-être y avait il eut dans le passé des velléités de résistance. Toutefois, la conception khrouchtchevienne 8 de rattraper et dépasser le capitalisme avait solidement implanté dans le discours officiel l'idée qu'il s' agissait d'une course dans la même direction9. Le communisme apparaissait dans la propagande officielle comme une accumulation sans limite de biens de consommation, comme si celle-ci avait été un but en soi. En fait, la volonté d'exprimer un unanimisme de façade faisait que le parti et le gouvernement s' abstenaient de s' exprimer sur ces questions qui posaient non seulement des problèmes économiques immédiats notamment en provoquant de brusques oscillations de la demande de consommation mais qui, à terme aboutissaient à une gageure. Si le capitalisme venait à être rattrapé, cela signifiait simplement que tous les citoyens des pays socialistes aspiraient à une appropriation individuelle de biens de luxe (comme les Volvo) qui par définition ne sont destinés dans les pays capitalistes qu'à une minorité.


Olivier RUBENS
1 Avant de la faire abattre pour reconstruire le palais des rois de Prusse (note de 2016)
2 Il va de soi que si les tarifs n’étaient pas totalement ridicules, ils demeuraient accessibles, surtout au regard des hausses délirantes que nous vivons en ce moment en France. (note de 2016)
3 Les effectifs du parti étaient supérieurs à ce nombre
4 Organisation quasi-unique de la jeunesse
5 Que j’aie utilisé ici «  l’Etat » et non le parti est révélateur (note de 2016)
6 La presse gratuite est apparue depuis chez nous. C’était à peu près du même niveau (note de 2016)
7 Ce qui signifie : vallée des ahuris.
8 Conception que l’on trouve d’ailleurs en germe dans certains discours de Staline (note de 2016)
9 Le fait que cette remarque ait été faite par Wolf Biermann devenu un hystérique de la criminalisation du communisme n’enlève rien à sa pertinence (note de 2016).